L’idée de ce travail est de transformer les images photographiques en objets tangibles. En effet, l’intention première d’une photographie au moment de la prise de vue est de cadrer une part du réel, afin de retranscrire ce fragment dans une planéité propre au medium. En découpant, pliant, retravaillant « les bords », celles-ci développent un autre langage, un autre geste qui est celui du sculpteur - ou du manipulateur. La photographie n'est plus une finalité (c’est-à-dire une image à regarder), mais une matière première, un matériau à sculpter. Elle s'affranchit du cadre, pour laisser l'image déborder dans l'espace. On quitte le domaine de la représentation pour celui de la présence.
Le choix des images provient avant tout « de la surface », fluide, insaisissable (bouillonnements d'écume, reflets sombres de l'eau, ou encore textures minérales rappelant la roche). Ceci pour créer un paradoxe : une vague possède désormais des arêtes vives et une ombre portée.

Sur certaines pièces, l’usage de plaques de verre permet de superposer des strates de photographies découpées, cet empilement stratigraphique créant alors une profondeur réelle qui sonde la profondeur de l'eau ou l'érosion géologique. L’idée n’est plus de regarder une image, mais d’expérimenter une géographie.

THE SCRAPS photographies, transparents and glasses, variable formats 2024-2025

The idea behind this work is to transform photographic pictures into tangible objects. Indeed, the initial intention of a photograph at the moment of capture is to frame a portion of reality, in order to transcribe this fragment into a flatness inherent to the medium. By cutting, folding, and reworking the edges, these images develop another language, another gesture—that of the sculptor, or the manipulator. Photography is no longer an end in itself (an image to be viewed), but a raw material, a substance to be sculpted. It breaks free from the frame, allowing the image to overflow into space. We leave the field of representation for that of presence.
The choice of images comes primarily from the surface, fluid and elusive (bubbles of foam, dark reflections in the water, or mineral textures of rock). This creates a paradox : a wave now possesses sharp edges and casts a shadow. In some pieces, the use of glass plates allows for the superimposition of layers of cut-out photographs; this stratigraphic stacking then creates a real depth that probes the depth of the water or geological erosion. The idea is no longer to look at an image, but to experience a geography.

 

Karine Portal

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